Comment fonctionne une vente en viager ?
La vente en viager transfère la propriété d'un bien contre un capital initial, le bouquet, et une rente versée au vendeur jusqu'à son décès. Le contrat repose sur un aléa réel, la durée de vie du vendeur, exigé à peine de nullité par le Code civil.
Le principe, un prix converti en bouquet et en rente
La vente en viager est une vente immobilière dont le prix est payé pour partie comptant, sous la forme d'un capital appelé bouquet, et pour le solde sous la forme d'une rente viagère versée au vendeur jusqu'à son décès. Le vendeur prend le nom de crédirentier, l'acheteur celui de débirentier. La propriété est transférée dès la signature de l'acte authentique chez le notaire, comme dans une vente classique.
Le régime de la rente viagère est fixé par les articles 1968 à 1983 du Code civil. Le bouquet est facultatif et son montant librement négocié. Plus il est élevé, plus la rente est faible. La rente est ensuite versée, le plus souvent chaque mois, quelle que soit la durée effective de vie du vendeur.
L'aléa, condition de validité du contrat
Le viager est un contrat aléatoire au sens de l'article 1108, alinéa 2, du Code civil, les parties acceptent de faire dépendre les effets économiques du contrat d'un événement incertain, la durée de vie du vendeur. Ni l'acheteur ni le vendeur ne savent, au jour de la signature, à qui l'opération sera finalement favorable.
Cet aléa est exigé à peine de nullité. Le Code civil prive ainsi d'effet le contrat conclu sur la tête d'une personne déjà décédée au jour du contrat (article 1974) ou décédée dans les vingt jours du contrat d'une maladie dont elle était atteinte (article 1975). La jurisprudence annule également la vente lorsque l'acheteur connaissait l'état de santé désespéré du vendeur à la signature, car l'aléa fait alors défaut.
Viager occupé, le droit d'usage et d'habitation
Dans la grande majorité des cas, le vendeur continue d'habiter le logement, il se réserve dans l'acte un droit d'usage et d'habitation, régi par les articles 625 à 636 du Code civil. Ce droit est strictement personnel, il ne peut être ni cédé ni loué (articles 631 et 634 du Code civil), à la différence d'un usufruit réservé, plus rare, qui permettrait au vendeur de mettre le bien en location.
Cette occupation justifie une décote sur la valeur du bien, dite décote d'occupation, qui réduit le bouquet et la rente. Dans le viager libre, au contraire, l'acheteur dispose du bien dès la signature.
Les étapes d'une vente en viager
- Estimation de la valeur vénale du bien, point de départ de tout le calcul.
- Négociation du bouquet, de la rente, de l'occupation et des clauses de garantie (clause résolutoire, indexation).
- Signature de l'avant-contrat puis de l'acte authentique chez le notaire, avec publication au service de la publicité foncière.
- Versement du bouquet le jour de la vente, puis service de la rente selon la périodicité convenue.
Questions fréquentes
L'acheteur devient-il propriétaire dès la signature ?
Oui. Comme dans toute vente, la propriété est transférée à la signature de l'acte authentique. Dans un viager occupé, l'acheteur est toutefois propriétaire d'un bien grevé d'un droit d'usage et d'habitation, il ne peut ni l'occuper ni le louer tant que ce droit subsiste.
Peut-on vendre en viager à un membre de sa famille ?
Oui, mais avec prudence. La vente à charge de rente viagère consentie à un successible en ligne directe est traitée avec défaveur au règlement de la succession, l'article 918 du Code civil impute la valeur du bien sur la quotité disponible, l'imputation et l'éventuelle réduction ne pouvant être demandées que par les autres successibles en ligne directe qui n'ont pas consenti à la vente.
Le viager est-il réservé aux personnes âgées ?
Non, la loi ne fixe aucun âge minimal. En pratique, le viager concerne surtout des vendeurs de plus de 70 ans. Plus le vendeur est jeune, plus la durée prévisible de versement est longue et plus la rente mensuelle est faible, à valeur de bien égale.
Qui paie les frais de notaire dans une vente en viager ?
L'acquéreur, comme dans une vente classique. Les droits de mutation et les émoluments sont en principe calculés sur le prix exprimé dans l'acte, c'est-à-dire la valeur retenue par les parties, décote d'occupation déduite dans le viager occupé.
À lire aussi
- Code civil, article 1108 (contrat aléatoire) (Légifrance)
- Code civil, articles 1968 à 1983 (rente viagère) (Légifrance)
- Code civil, articles 625 à 636 (droit d'usage et d'habitation) (Légifrance)
- Code civil, article 918 (Légifrance)
- Service-Public.fr : Vente en viager
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