Hériter d'un bien en France quand on vit à l'étranger, comment ça se passe ?
Un bien immobilier situé en France entre toujours dans une succession réglée, pour ce bien, par un notaire français, quelle que soit la résidence du défunt ou des héritiers. La loi qui gouverne la succession est, dans l'Union européenne, celle de la dernière résidence habituelle du défunt, sauf s'il a choisi par testament la loi de sa nationalité. Les droits de succession français frappent l'immeuble situé en France dans tous les cas, et l'ensemble des biens reçus lorsque l'héritier a été domicilié en France 6 années sur les 10 dernières. La déclaration se dépose dans les 6 mois d'un décès en France, 12 mois d'un décès à l'étranger, avec le paiement, à la Recette des non-résidents.
Quelle loi s'applique, et qui règle la succession
Depuis le 17 août 2015, le règlement européen n° 650/2012 soumet l'ensemble de la succession, meubles et immeubles, à la loi de l'État de la dernière résidence habituelle du défunt, entendue comme le lieu de sa vie effective. Une personne peut écarter cette règle en choisissant, par une disposition à cause de mort, la loi de l'État dont elle a la nationalité. Le Danemark et l'Irlande ne sont pas liés par le règlement, et la loi désignée peut être celle d'un État tiers.
La loi applicable dit qui hérite et de quoi. Elle ne dit rien de l'impôt, qui relève de la loi fiscale de chaque État et des conventions bilatérales. Et quelle que soit cette loi, l'immeuble situé en France change de propriétaire par un acte notarié publié au service de la publicité foncière, l'attestation immobilière, que seul un notaire français établit. C'est lui qui liquide les droits, dépose la déclaration et, si les héritiers le décident, reçoit ensuite la vente.
Ce que la France taxe quand un non-résident est en jeu
L'article 750 ter du Code général des impôts fixe trois cas. Si le défunt était domicilié en France, tous ses biens, en France et hors de France, sont soumis aux droits français. S'il était domicilié hors de France, seuls les biens situés en France le sont, l'immeuble bien sûr, mais aussi les parts de sociétés à proportion de l'immobilier français qu'elles détiennent. Enfin, si l'héritier est domicilié en France et l'a été au moins 6 années au cours des 10 dernières, tout ce qu'il reçoit est taxable en France, même d'un défunt étranger, l'impôt payé à l'étranger sur les biens étrangers s'imputant alors sur l'impôt français.
Les conventions fiscales conclues par la France en matière de succession, moins nombreuses que celles sur le revenu, peuvent répartir autrement l'imposition, et leur définition du domicile l'emporte sur celle de la loi interne. Les abattements et le barème sont ceux de tout héritier, selon le lien de parenté.
| Situation | Biens soumis aux droits français |
|---|---|
| Défunt domicilié en France | Tous les biens, en France et hors de France |
| Défunt domicilié hors de France | Les biens situés en France, directement ou par des parts de sociétés |
| Héritier domicilié en France 6 années sur les 10 dernières | Tous les biens reçus, avec imputation de l'impôt étranger payé sur les biens étrangers |
Territorialité des droits de succession, article 750 ter du CGI
Les délais et le lieu de la déclaration
Impots.gouv.fr le résume ainsi, la déclaration de succession se dépose « dans les 6 mois à compter de la date du décès si celui-ci intervient en France » et « dans les 12 mois dans les autres cas ». Pour un défunt domicilié hors de France, elle « doit être déposée accompagnée du paiement » à la Recette des non-résidents, à Noisy-le-Grand, sur les imprimés 2705, 2705-S et 2706. Le notaire s'en charge en pratique.
La réserve héréditaire, même sous une loi étrangère
Depuis le 1er novembre 2021, le troisième alinéa de l'article 913 du Code civil donne aux enfants un droit de prélèvement compensatoire sur les biens situés en France lorsque la loi étrangère applicable à la succession ne connaît aucun mécanisme protégeant la réserve héréditaire, à condition que le défunt ou l'un des enfants soit ressortissant d'un État membre de l'Union européenne ou y réside habituellement au jour du décès. Le notaire qui constate l'atteinte en informe les héritiers, sans qu'un juge soit saisi. Le conjoint survivant n'en bénéficie pas.
Une fois l'attestation immobilière publiée, les héritiers vendent le bien comme tout propriétaire, ensemble ou par mandataire, avec les règles du non-résident sur la plus-value et, au-delà du seuil, le représentant fiscal. BRIVEO reçoit le mandat de plusieurs indivisaires et le fait signer à chacun, à distance.
Questions fréquentes
Mon père vivait au Portugal et laisse un appartement à Marseille, qui règle la succession ?
La loi portugaise gouverne la succession s'il y avait sa résidence habituelle, sauf choix de la loi française par testament. L'appartement de Marseille passe en tout cas par un notaire français, qui établit l'attestation immobilière, dépose la déclaration à la Recette des non-résidents et liquide les droits français dus sur ce bien.
Je vis à Londres depuis quinze ans et j'hérite d'une maison en France, suis-je taxé en France ?
Oui, sur la maison, parce qu'elle est située en France. Vos autres biens reçus ne le sont pas, puisque vous n'avez pas été domicilié en France 6 années sur les 10 dernières. La convention franco-britannique sur les successions règle l'éventuelle double imposition.
Peut-on vendre le bien hérité avant la fin de la succession ?
Pas avant que l'attestation immobilière soit établie et publiée, c'est elle qui fait de vous le propriétaire au regard des tiers. Le mandat de vente peut en revanche être préparé en parallèle, et la vente se signer dès la publication.
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