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Peut-on vendre un bien indivis sans l'accord de tous les indivisaires ?

Guide dirigé par , fondateur de BRIVEOVérifié par l'équipe BriveoMis à jour le 17/07/2026

Oui, dans deux cas. L'article 815-5 du Code civil permet une autorisation judiciaire quand le refus d'un indivisaire met en péril l'intérêt commun. L'article 815-5-1 permet aux titulaires d'au moins deux tiers des droits indivis de faire autoriser la vente par le tribunal judiciaire, après signification par le notaire ; la vente s'effectue alors par licitation.

Le principe, la vente de l'immeuble exige l'unanimité

La vente d'un bien indivis est un acte de disposition, l'article 815-3 du Code civil la réserve au consentement de tous les indivisaires. Le refus d'un seul bloque donc la vente, quelle que soit sa quote-part. Le législateur a toutefois ouvert deux portes de sortie judiciaires, l'une fondée sur le péril de l'intérêt commun, l'autre sur la volonté d'une majorité qualifiée des deux tiers.

L'article 815-5, passer outre un refus qui met en péril l'intérêt commun

Un indivisaire peut être autorisé par justice à passer seul un acte pour lequel le consentement d'un coïndivisaire serait nécessaire, si le refus de celui-ci met en péril l'intérêt commun (article 815-5 du Code civil). Le juge apprécie concrètement le péril, bien qui se dégrade, charges impayées qui s'accumulent, indivision asphyxiée financièrement. L'acte passé dans les conditions fixées par l'autorisation est opposable à l'indivisaire dont le consentement a fait défaut.

Deux limites importantes, le juge ne peut pas, à la demande d'un nu-propriétaire, ordonner la vente de la pleine propriété d'un bien grevé d'usufruit contre la volonté de l'usufruitier (article 815-5, alinéa 2). Et si un indivisaire est simplement hors d'état de manifester sa volonté, la voie adaptée est l'habilitation judiciaire à le représenter prévue par l'article 815-4, non l'article 815-5.

L'article 815-5-1, la vente demandée par les deux tiers, étape par étape

Issu de la loi n° 2009-526 du 12 mai 2009, l'article 815-5-1 du Code civil permet au tribunal judiciaire d'autoriser l'aliénation d'un bien indivis à la demande du ou des indivisaires titulaires d'au moins deux tiers des droits indivis, calculés en droits et non en nombre de personnes. La procédure est strictement encadrée :

  • les indivisaires majoritaires expriment devant un notaire leur intention de procéder à l'aliénation du bien ;
  • le notaire fait signifier cette intention aux autres indivisaires dans le délai d'un mois ;
  • si un indivisaire s'oppose à l'aliénation ou ne se manifeste pas dans les trois mois de la signification, le notaire le constate par procès-verbal ;
  • le tribunal judiciaire peut alors autoriser l'aliénation, à condition qu'elle ne porte pas une atteinte excessive aux droits des autres indivisaires ; l'aliénation autorisée est opposable à l'indivisaire dont le consentement a fait défaut.

Les pièges de l'article 815-5-1

  • La vente autorisée s'effectue par licitation, c'est-à-dire par adjudication, le texte ne permet pas de vendre de gré à gré à un acquéreur déjà trouvé, ce qui expose au risque d'un prix inférieur au marché.
  • Le dispositif est écarté en cas de démembrement de la propriété du bien (usufruit et nue-propriété) et lorsque l'un des indivisaires se trouve dans l'un des cas prévus à l'article 836 du Code civil (présumé absent, hors d'état de manifester sa volonté ou majeur protégé).
  • Les sommes retirées de la vente ne peuvent faire l'objet d'un remploi, sauf pour payer les dettes et charges de l'indivision, le solde est réparti entre les indivisaires selon leurs quotes-parts.

Questions fréquentes

La vente de l'article 815-5-1 peut-elle se faire de gré à gré ?

Non. Le texte prévoit que l'aliénation s'effectue par licitation, donc par adjudication. Les indivisaires majoritaires qui disposent déjà d'un acquéreur ont intérêt à tenter d'abord la négociation amiable ou, si les conditions en sont réunies, l'autorisation de l'article 815-5 du Code civil.

Que reçoit l'indivisaire qui s'est opposé à la vente ?

Sa quote-part du prix d'adjudication, après paiement des dettes et charges de l'indivision. L'aliénation autorisée par le tribunal judiciaire lui est opposable (article 815-5-1 du Code civil), mais il conserve ses droits sur le prix à proportion de sa part.

Ces procédures fonctionnent-elles contre un indivisaire disparu ou protégé ?

Pas l'article 815-5-1, expressément écarté dans les cas de l'article 836 du Code civil. Il faut alors recourir à l'habilitation judiciaire de l'article 815-4, à l'autorisation de l'article 815-5 ou aux règles propres aux majeurs protégés, avec les autorisations du juge compétent le cas échéant.

Combien de temps prend une vente forcée d'un bien indivis ?

Plusieurs mois au minimum, un mois pour la signification par le notaire, trois mois de délai laissé aux indivisaires minoritaires, puis la procédure devant le tribunal judiciaire et l'organisation de la licitation. Un accord amiable reste possible à chaque étape et fait souvent gagner un temps considérable.

À lire aussi

Sources
  • Code civil, article 815-3 (Légifrance)
  • Code civil, articles 815-4 et 815-5 (Légifrance)
  • Code civil, article 815-5-1 (Légifrance)
  • Code civil, article 836 (Légifrance)
  • Loi n° 2009-526 du 12 mai 2009, article 6 (Légifrance)
Entretien de découverte, 15 minutes

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