SCI familiale, comment transmettre un bien à ses enfants ?
La SCI familiale permet une transmission progressive, chaque parent peut donner à chaque enfant 100 000 € de parts en franchise de droits (article 779 du CGI), abattement reconstitué tous les quinze ans (article 784). La donation de la seule nue-propriété des parts, évaluée au barème de l'article 669, réduit encore le coût fiscal.
Pourquoi des parts se transmettent mieux qu'un immeuble
Un immeuble se donne difficilement par fractions, chaque donation d'une quote-part indivise crée une indivision entre parents et enfants, avec ses règles rigides. Les parts sociales, elles, se donnent au nombre près, 50 parts cette année, 50 autres quinze ans plus tard, en calant chaque donation sur les abattements fiscaux disponibles.
Deuxième avantage, la valeur des parts correspond à l'actif net de la société. Si la SCI a acheté à crédit, l'emprunt restant dû vient en déduction de la valeur transmise. Une décote est en outre fréquemment appliquée à la valeur des parts, souvent de l'ordre de 10 à 15 %, pour tenir compte de leur faible liquidité et des contraintes statutaires ; elle doit rester justifiée, l'administration fiscale pouvant la contester.
L'abattement de 100 000 € renouvelable tous les quinze ans
Chaque parent peut donner à chaque enfant 100 000 € en franchise de droits de donation (article 779, I du CGI). Cet abattement se reconstitue par période de quinze ans, les donations consenties depuis moins de quinze ans sont fiscalement rappelées lors d'une nouvelle donation ou de la succession (article 784 du CGI). Au-delà de l'abattement, le barème progressif de l'article 777 s'applique, de 5 % à 45 % en ligne directe.
| Configuration familiale | Par période de 15 ans |
|---|---|
| 1 parent, 1 enfant | 100 000 € |
| 2 parents, 1 enfant | 200 000 € |
| 2 parents, 2 enfants | 400 000 € |
| 2 parents, 3 enfants | 600 000 € |
Capacité de transmission en franchise de droits (ligne directe, article 779 du CGI)
Le démembrement des parts, donner la nue-propriété, garder l'usufruit
La technique la plus utilisée consiste à donner la seule nue-propriété des parts en s'en réservant l'usufruit, les parents conservent les revenus et, s'ils sont gérants, le pouvoir de gestion. Les droits de donation ne sont calculés que sur la valeur de la nue-propriété, fixée par le barème de l'article 669 du CGI selon l'âge de l'usufruitier, 60 % de la pleine propriété lorsque l'usufruitier a entre 61 et 70 ans révolus, 70 % entre 71 et 80 ans, par exemple.
Au décès de l'usufruitier, l'usufruit rejoint la nue-propriété sans donner ouverture à l'impôt (article 1133 du CGI), les enfants deviennent pleins propriétaires des parts sans nouvelle taxation.
Les précautions indispensables
- Toute donation de parts doit être passée devant notaire, à peine de nullité (article 931 du Code civil) ; une cession déguisée sous seing privé expose à la fois à la nullité civile et au redressement fiscal.
- Les statuts doivent être écrits pour la transmission, gérance conservée par les parents, clauses d'agrément, répartition des droits de vote entre usufruitier et nu-propriétaire (article 1844 du Code civil, vote au nu-propriétaire, affectation des bénéfices réservée à l'usufruitier, aménagements statutaires possibles).
- La SCI doit fonctionner réellement, assemblées tenues, comptabilité suivie, compte bancaire propre. Un montage fictif ou à but exclusivement fiscal peut être écarté sur le fondement de l'abus de droit (article L. 64 du Livre des procédures fiscales), et un montage à motif principalement fiscal sur le fondement de l'article L. 64 A.
Questions fréquentes
Peut-on cumuler l'abattement avec le don familial de sommes d'argent ?
Oui. L'exonération des dons familiaux de sommes d'argent de l'article 790 G du CGI (31 865 € par donateur de moins de 80 ans à un donataire majeur, renouvelable tous les quinze ans) se cumule avec l'abattement de 100 000 €, mais elle ne vise que les espèces, pas les parts de SCI.
Quelle valeur retenir pour les parts données ?
La valeur vénale réelle au jour de la donation, valeur de l'immeuble diminuée du passif social (emprunt restant dû), ramenée au nombre de parts, avec une éventuelle décote d'illiquidité justifiée. Une sous-évaluation manifeste expose à un rehaussement assorti d'intérêts de retard.
Les parents gardent-ils la main après la donation ?
Oui, c'est l'intérêt du montage. En se réservant l'usufruit des parts et la gérance statutaire, ils continuent de percevoir les revenus et de gérer le bien. La donation de la nue-propriété n'entame ni leurs pouvoirs de gérant ni leurs ressources.
Que se passe-t-il au décès des parents ?
L'usufruit s'éteint et les enfants nus-propriétaires deviennent pleins propriétaires des parts sans droits supplémentaires (article 1133 du CGI). Seules les parts non encore données figurent dans la succession et sont taxées selon les règles ordinaires.
À lire aussi
- Code général des impôts, article 779 (Légifrance)
- Code général des impôts, articles 777 et 784 (Légifrance)
- Code général des impôts, articles 669 et 1133 (Légifrance)
- Code général des impôts, article 790 G (Légifrance)
- Code civil, articles 931 et 1844 (Légifrance)
- Livre des procédures fiscales, articles L64 et L64 A (Légifrance)
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